Une petite histoire de droits d’auteur

On parle beaucoup de droits d’auteur en ce moment. Du coup, je ressors une histoire d’ancien combattant où la Sacem dévoilait son vrai visage.

La chapelle de Locmaria-an-Hent, à Saint-Yvi (29), où nous avons joué un soir.

La chapelle de Locmaria-an-Hent, à Saint-Yvi (29), où nous avons joué un soir.

J’ai repensé à cette petite aventure aujourd’hui en voyant les producteurs de cinéma réclamer 4€ par film en VOD et une taxe sur les pop-corns. Elle m’était déjà revenue en tête il y a quelques semaines, lorsque la société qui gère les droits d’auteur en Belgique voulait faire payer une taxe aux médiathèques qui font des lectures pour les enfants (si si, c’est vrai)… C’est ma petite histoire à moi avec la Sacem, la société qui gère les droits des auteurs-compositeurs en France.

Avant de devenir le cygne que je suis aujourd’hui, j’étais un vilain petit canard qui faisait de la musique (d’inspiration) bretonne. Je jouais dans un groupe qui s’appelait Meuriad (bonus : moi avec des cheveux longs), et nous composions des chansons en breton, déposées à la Sacem. Jusque là pas de souci.

Chapelles en Cornouaille

Un été, en 1999 ou en 2000, je ne sais plus, une amie me proposa de monter un petit spectacle avec le chanteur du groupe, autour de Xavier Grall, immense poète breton. En lien avec l’association Chapelles en Cornouaille, il s’agissait de faire des lectures-spectacles dans des petites chapelles bretonnes jolies comme tout. Enthousiastes, nous sélectionnâmes plusieurs textes (en particulier tirés de Les vents m’ont dit) et je bricolais derrière une mise en musique à la guitare et au cistre. Il s’agissait de morceaux trads arrangés, de compositions personnelles libres de droit et pour certains passages de pure improvisation.

Nous jouâmes le spectacle à 4 reprises, dont une soirée très chouette à la chapelle de Kergornet, en Pont-Aven. C’était l’un des lieux de ballades favori de Xavier Grall, qui la citait dans un texte du spectacle. Sa veuve et l’une de ses filles étaient présentes ce soir-là, et avaient apprécié notre prestation. Bref, tout s’était bien passé. Le public avait répondu présent, l’association était ravie car les chapelles avaient été animées,  mon compère et moi avions pris beaucoup de plaisir sur ces dates. Tout le monde était content.

Faites les tous payer, Dieu reconnaîtra les siens

C’est en octobre suivant que la Sacem déboula, avec ses grosses rangers. La présidente de l’association Chapelles en Cornouaille me téléphona un soir, paniquée. Elle venait de recevoir une lettre de la Sacem, qui la mettait en demeure de payer environ 1 500 francs (à l’époque) de frais de Sacem pour les quatre soirées ! Elle me lut la lettre au téléphone, et le ton était détestable : menaçant, catégorique, intimidant.

Je lui certifiai qu’elle n’avait rien à payer car aucune des œuvres jouées ces soirs-là n’était déposée. Je lui promis de contacter directement la Sacem le lendemain. Ce que je fis. Et je ne fus pas déçu. En fait, on m’expliqua au téléphone que la Sacem relevait dans Ouest-France les différents concerts et animations, et envoyait ces courriers à tous ceux qui n’avaient pas payé de forfait ! Sans chercher à savoir s’ils avaient quelque chose à percevoir ou pas ! Je ne vois pas comment appeler ça autrement que du racket. L’affaire se régla avec un courrier de ma part certifiant que les œuvres jouées ce soir-là étaient libres de droit.

Si la pauvre représentante de l’association n’avait pas eu de doute et n’avait pas pris la peine de me contacter, elle aurait dans doute – de peur – payé les 1 500 francs. Ça de moins pour le budget de restauration des chapelles, et ça de plus indûment perçu par la Sacem pour ses frais de fonctionnement

Photo d’illustration Wikimédia Commons

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9 comments to Une petite histoire de droits d’auteur

  • Soaz

    C’est une histoire fort amusante qui me rappelle une histoire fort amusément semblable que me contait ma mère.

    Lorsqu’elle était jeune, elle faisait partie d’un cercle celtique qui lors des représentations chantait le Bro Gozh pour terminer leur spectacle. Quelques temps après une représentation en Normandie, le président qui se trouvait être mon grand-père à cette époque reçoit une lettre de la SACEM semblable à celle reçue par la représentante de ton asso (menaçante, catégorique, intimidante pour te citer) et réclamant la même somme, je crois.

    Mon grand-père, qui n’avait pas sa langue dans sa poche mais qui y avait une plume, a donc écrit à Monsieur SACEM qu’il paierait des droits pour chanter l’hymne breton le jour où le président de la république (VGE me semble-t-il) en paierait pour chanter la Marseillaise.

    Ce qui est triste, c’est de constater qu’en trente ans, ils n’ont pas changé de méthode de fonctionnement digne d’une mafia dans un mauvais épisode de Walker Texas Ranger…

  • Mathieu

    Je suis enregistré depuis 2010 à la SACEM pour la musique de mon groupe et n’ai au jour d’aujourd’hui pas encore perçu un kopek des concerts déclarés à la SACEM depuis 2 ans. Je les ai contacté, par téléphone, puis par internet (moi aussi j’ai pris ma plume): chou blanc. 119 euros d’inscription, un dossier épais à remplir et…rien. La SACEM réclame des droits aux organisateurs (je connais les procédures, je déclare la SACEM dans le cadre de mon travail), taxe tout ce qui bouge, mais quid des artistes émergents qui passent par leurs services ? R.A.F, Rien A Foutre! Et on « protège les artistes ». Ah ah ah. Allez, pour rigoler un peu, vous souvenez-vous de l’affaire Hugues Auffray à l’école de Peillac ? http://www.presence-pc.com/actualite/sacem-ecole-adieu-18246/

  • Bonjour Mathieu,
    Je travaille à la Sacem et je vous propose de répondre à vos questions.
    Vous pouvez me joindre à l’adresse « contact_info@sacem.fr » qui arrive directement dans ma boite mail.
    Eric

  • Erwan Alix

    Merci pour cette intervention utile, Eric. Je vais m’assurer auprès de Mathieu qu’il a eu connaissance de votre commentaire.

  • unouveaucompte

    petite coquille ;) )) ou alors jeu de mots !

    Balade et ballade sont des homophones, c’est-à-dire des mots de même prononciation mais n’ayant pas le même sens.

    Balade est un nom féminin désignant l’action de se promener. Le verbe se balader peut lui-même créer des homophones : je me balade, tu te balades, il se balade, etc. Baladeur est lui-même issu de balader.

    Ballade est aussi un nom féminin. Il s’agit d’une forme musicale ou poétique.

  • Erwan Alix

    Ah oui en effet. . Le pire, c’est que je me suis posé la question en l’écrivant, mais j’étais tellement concentré sur le « s » ou pas à « favori » que j’ai oublié d’y revenir.

    Tant pis, je le laisse. La prochaine fois, je mettrai « promenade » ! ;-)

  • Axonn

    Moui. Eric aurait pu tenter de répondre ici même. Mais il semble difficile de défendre le comportement de la Sacem dans ce genre de cas.

  • Il est arrivé la même chose à un ami qui tient un bar :)

    Pour un premier avril il voulu faire une blague à une amie journaliste en lui faisant croire que son chanteur et poete préféré venais faire un concert privée dans son bar. Bien entendu cela n’était pas vrai, mais l’intéressée a fait un article dans Ouest france (elle travail à la rubrique culturelle).

    Il a reçu une facture de la sacem une semaine plus tard….

  • Bonjour Axonn,
    Honnêtement, je ne peux pas répondre ici à Mathieu sans avoir aucun élément : il ne donne pas son nom, ni son numéro de sociétaire Sacem. Donc impossible de vérifier et d’apporter une vraie réponse.
    Eric,
    PS : Erwan, merci pour le tweet de samedi ;-)

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