Data : où sont les journalistes ?

J’étais hier, le 22 février, à la Cantine Numérique de Rennes. Il s’y tenait une réunion au sujet de l’opendata, sur le thème « Politique et citoyens ». La discussion était riche d’idées et de questions. Malheureusement, un acteur majeur était sous-représenté : les journalistes.

Un rapide résumé pour les novices. L’opendata, ou données ouvertes, est un mouvement qui consiste à « libérer » les données publiques et les mettre à disposition de ceux qui veulent les exploiter à des fins pratiques ou informatives. Les budgets des villes, les données de transports publics, des informations pratiques géolocalisées sont ainsi parfois mises à disposition en temps réel. Rennes Métropole est pionnière dans ce domaine, et vous trouverez plein d’infos sur leur site dédié aux datas.

Hier donc, se tenait une réunion ouverte à toutes les personnes intéressées par l’opendata à Rennes. C’était à 18h30, à la Cantine numérique. Le thème des discussions était « Politique et citoyen », autant dire qu’il y avait matière à échanger. Vous trouverez un compte-rendu sur le blog du collectif OpenDataRennes (je mettrai le lien direct quand il sera dispo). L’impression que j’ai eue, c’est qu’il y avait d’énormes gisements de données brutes, plein de choses à faire mais qu’un « médiateur » était nécessaire pour donner du sens à ces datas, en extraire les pépites. Beaucoup s’accordaient à dire que ce rôle de médiateur était celui des journalistes. Je souscris à 100%. Ce besoin de journalistes pour traduire les données est revenu à plusieurs reprises pendant l’heure et demie d’échanges.

Deux journalistes, dont moi

Mais il y a un hic. Il y avait 24 personnes ce soir-là à la CNR. C’est pas mal. Des représentants d’organismes publics fournisseurs de données ouvertes (Rennes Métropole, Star, Conseil Général…), des gens du privé, des intéressés, des développeurs, pas de raton laveur, et seulement… 2 journalistes. Et encore, moi j’étais là parce qu’en vacances. Les journalistes étaient évoqués comme les rouages nécessaires à la diffusion des données ouvertes et à leur utilisation dans le débat citoyen, mais ils n’étaient (quasiment) pas là. Allez, une petite infographie pour illustrer mon propos et aérer le texte.

Sur les 24 personnes présentes à la CNR le 22/02 :

Journalistes et non-journalistes à une réunion sur l'opendataLes données ont pris une place immense dans le champ médiatique, il suffit de voir les batailles de chiffres pendant la campagne présidentielle. C’est un enjeu majeur pour les journalistes que de se rendre capables de les utiliser, de leur donner du sens, de les restituer. Et donc, hier soir à Rennes, nous n’étions que deux représentants de la profession. Et encore, moi j’étais là sur mon temps personnel, en auto-formation. Mon confrère, Julien Joly, présentait un projet d’utilisation citoyenne des minutes des conseils municipaux, dans le cadre de son site Rennes1720. Je sais que d’autres journalistes rennais (notamment de France3 et d’Ouest-France) sont sensibles et même acteurs dans le sujet. Mais il est vraiment dommage que nous ne fûmes que deux journalistes à cette réunion.

C’est révélateur du temps de retard des médias traditionnels dans les datas. Je rejoins le statisticien Bernard Py, qui évoque la création d’une statistique citoyenne pour faire face au flot de données, d’infographies et de cartes qui envahit notre quotidien. Pour les grandes rédactions françaises, à part quelques exceptions généralement sous-traitées, il est encore trop tôt pour faire du data-journalisme, ou alors on n’y voit pas l’intérêt économique pour l’instant. C’est à mon sens mal poser le problème.

Demain, c’est trop tard

Tout d’abord, en terme de timing, les datas sont là. « Plus tard », c’est maintenant. Le monde s’est complexifié et un des moyens de continuer à le décrire est le data-journalisme. Les développeurs, les graphistes, les statisticiens sont prêts. Ils n’attendent que les journalistes. Et si ces derniers ne se bougent pas, ils se passeront d’eux. Ou d’autres assureront ce travail d’éditorialisation des données qui, dans l’esprit, est celui des journalistes. Ce serait d’ailleurs terrible si seuls les cabinets de communication s’offraient cette compétence. Quelle serait alors la place des journalistes ?

Les datas, ça peut faire peur et de nombreux journalistes se disent que ce n’est pas pour eux. Surtout quand on est comme moi une bille en code et autres trucs compliqués. Il n’y a pas d’obligation pour le journaliste à devenir un couteau suisse développeur, graphiste et/ou statisticien. S’il existe de tels hommes-orchestres, tant mieux pour les rédactions qui les emploient. Le journaliste doit par contre apprendre à travailler avec ceux qui ont les compétences qu’il n’a pas. Pas con. Ensuite, tout n’est plus que curiosité et bon sens, qui font normalement partie du trousseau de base de la profession.

Rentabilité ?

D’un point de vue financier, je comprends la réticence d’un manager à coller un journaliste, un développeur et un graphiste à bosser pendant 15 jours sur une belle visualisation qui fera 3 000 visites. Mais ce n’est pas (que) ça, les datas. Les chefs d’œuvre que l’on voit ici ou donnent paradoxalement une fausse image de l’exploitation des datas. On peut travailler à développer des utilisations moins funky certes, mais pragmatiques, utiles (en particulier pour l’hyperlocal), réutilisables et in fine rentables (je veux bien développer dans un prochain billet !).

Les datas sont partout, les journalistes ne peuvent en faire l’économie. Leurs employeurs non plus. Je suis sûr que l’une des pistes de reconquête du lectorat réside dans l’utilisation intelligente des datas. C’est un moyen de créer de l’information à forte valeur ajoutée. Et j’ai l’impression que c’est ce que beaucoup de lecteurs/auditeurs potentiels attendent.

A lire aussi : Open Data péRennes sur Owni, qui expose bien la situation (merci Anne-Claire, pardon Sabine de ne pas l’avoir mis plus tôt)

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