Je souhaite depuis longtemps contribuer à Wikipédia. En cherchant des infos sur un luthiste, je suis tombé sur une anecdote emblématique des rapports entre luth et guitare. Du coup, je blogue au lieu de wikipédier.

Ce sympathique luthiste se dit qu'il ferait mieux de faire de la guitare. Il aurait moins de risque de se retrouver en train de faire des canards dans une église.
Ainsi donc, depuis des lustres je souhaite contribuer à Wikipédia. J’utilise ce service quotidiennement et je trouve le projet fabuleux. Hier, j’ai commis mon premier article, sur un sujet que je maîtrisais à-peu-près, mon père. Comme j’ai pas mal de littérature sur le luth, et que le sujet est blague ==> dans mes cordes <== blague, je me suis dit que je pourrais continuer à participer en augmentant ou créant des articles sur les luthistes français du XVIIe siècle.
Je furetais donc ce soir pour trouver des éléments sur François Pinel, un luthiste et théorbiste qui n’a pas encore son entrée dans l’encyclopédie. En parcourant un ouvrage de 1982 de Michel Brenet, Notes sur l’histoire du luth en France, j’ai trouvé une anecdote qui m’a fait sourire, et qui illustre très bien les rapports entre guitare et luth.
Guitare et luth
Tout d’abord, il faut situer les deux instruments. On pense souvent à tort que le luth est l’ancêtre de la guitare. Ce sont en fait des cousins qui ont connu une évolution parallèle, et qui représentent des familles différentes. Comme les violons et les violes, d’ailleurs. A la période qui nous intéresse, la deuxième moitié du XVIIe siècle (1650-1700 pour les plus lents), le luth et la guitare coexistent.
Le luth comporte entre onze et treize rangs de cordes, accordés en f’d'a f d A G F E D C (c’est pas grave), et sa musique a été poussée par les professionnels à un très haut niveau de virtuosité, qui commence à décourager les amateurs.
La guitare, elle, est à son état baroque. Elle comporte 5 rangées de cordes (certaines sont doublées), accordées en ADGBe. Par rapport au luth, la guitare est très facile d’apprentissage. On peut rapidement jouer des pièces simples, plaquer quelques accords pour accompagner une chanson. C’est pour ça que la guitare a eu le succès que l’on connaît (il y aurait 50 millions de guitaristes dans le monde actuellement !).
« Ordinaire » ?
Au XVIIe, la guitare commence son ascension, et le luth s’ostracise. Le pauvre François Pinel va en être une relative victime. Excellent luthiste et théorbiste, qui a laissé des compositions, il a été nommé en 1657 « joueur de luth choisi pour enseigner Sa Majesté ». Ça claque, hein ? En clair, on l’a nommé prof de luth de Louis XIV, qui allait sur ses 20 ans à ce moment-là. Une bien belle situation.
Le hic, c’est que Louis XIV avait un peu autre chose à faire que de suer sur un luth. Entre les maîtresses et la marche de l’Etat, le monarque ne souhaitait pas investir trop de temps dans l’étude besogneuse. Par contre, comme il aimait la musique, il ne rechignait pas à s’éclater sur sa guitare baroque, beaucoup moins contraignante. Et il avait comme prof une autre pointure de l’époque, Robert de Visée.
Du coup le pauvre Pinel a été rétrogradé. Voire rétrodégradé. De « joueur de luth choisi pour enseigner Sa Majesté », il est devenu « Ordinaire de la musique de la chambre pour le théorbe ». Pan, c’est bien mais ça en jette déjà moins, « ordinaire« . Tout ça à cause de cette satanée guitare. L’histoire ne dit pas s’il l’a mal vécu ou pas. On ne peut qu’imaginer !
Finissons en musique, avec le Branle des Frondeurs, de Pinel justement… Joué au luth 11 chœurs par un sympathique barbichu devant une bibliothèque :



C’est moi où tu fais exprès de choisir des instruments marginaux… Ni populaires ni élitistes. Personne n’en voulait. Ou plutôt tous les avaient oubliés. C’est beau. Tu es comme un conservateur réanimateur. Tu devrais monter le conservatoire alternatif assorti. Je m’inscrirais…
C’est une bonne idée, ça, le conservatoire alternatif assorti. Mais je n’aime pas le mot conservatoire, qui sent un peu le formol quand même…
Mmmmh ! Après contre-enquête, il y aurait deux Pinel, Germain et François, l’un luthiste et l’autre théorbiste… Je creuse !