Je suis tombé par hasard sur un site recensant tous les guillotinés de France, avec motif de la condamnation, date d’exécution et circonstances de celle-ci. Dérangeant, et passionnant.
Le site est ici : « De l’art de bien couper – Le site de la guillotine ». Eh oui, c’est surprenant, un site énoooooorme juste sur la guillotine. Il y a des gens qui ont des passions et des fascinations bien étranges. Sur le forum, on échange des photos d’engins, et on compare les mérites de la Berger 1907 ou de la Schmidt 1797.
Pour ceux qui se demandent comment je suis arrivé là, figurez-vous que je cherchais juste une trace d’un fait divers lol survenu à Dinan il y a quelques années. Un mariage avait tourné à la baston générale pour une histoire de dentier cassé pendant la lutte pour récupérer la jarretière de la mariée… En cherchant « dentier mariage Dinan », je suis tombé sur chez les aficionados de la Veuve.
Joseph Riaud, ménétrier
Je ne suis pas resté longtemps sur le forum, pas assez tirilipinpon à mon goût, et j’ai vite fait rejoint la page Condamnations, un document riche d’histoires et de drames. J’y ai dégoté une affaire s’étant déroulée à Rennes en 1875, qui serait digne d’un roman réaliste. Joseph Riaud, quinquagénaire de Bain-de-Bretagne, a été condamné pour avoir tué sa troisième femme, Marie-Josèphe, à coups de pied et de fléau, le 2 août 1875. Il l’accusait d’adultère.
Les enquêteurs le soupçonnent rétroactivement d’avoir liquidé ses deux premières épouses en 1860 et 1861… Rien ne justifie la peine de mort, mais il faut reconnaître qu’il n’avait pas l’air très sympathique (Les grandes affaires criminelles d’Ille-et-Vilaine sur Google Books).
60 francs
L’exécution a eu lieu à Rennes, le 8 janvier 1876, à 07h05. Joseph Riaud a subi sa peine avec courage, rapporte-t-on. Ses dernières paroles sont émouvantes. Après la messe et en buvant son dernier verre de vin, il a évoqué sa vie de ménétrier, les musiciens qui animaient les fêtes de village. Joseph, quand il ne tuait pas ses épouses, jouait du violon. Et oui. Avant de monter sur l’échafaud, il a indiqué où il avait caché 60 francs. Il souhaitait qu’ils reviennent à son fils de 4 ans, confié à l’Assistance, pour qu’il s’achète lui aussi un violon le moment venu. On n’est jamais tout noir ou tout blanc.
J’ignore les motivations des créateurs de http://guillotine.voila.net ; mais leur travail est impressionnant. Voir cette liste de condamnés coupés en deux au nom de la Justice ne peut laisser insensible. Et c’est aussi un excellent moyen de démontrer aux partisans de la peine de mort, qui surgissent à chaque fait divers odieux, que le pouvoir dissuasif de la guillotine était bien petit. Tous ces condamnés jusqu’en 1977 savaient ce qu’ils encouraient. Il est d’ailleurs intéressant de noter combien acceptaient d’ailleurs le châtiment de bonne grâce, et n’opposaient aucune résistance. Ça va pas la tête, des fois…




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