7 bonnes raisons de jouer du théorbe

Oui, je sais, c'est énorme.

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Le 21 juin, c’est la fête de la musique. Quelle meilleure occasion pour vanter les mérites du théorbe ? Voici 7 arguments définitifs qui vont vous faire franchir le pas. Même si vous préférez la planche à voile.

1. C’est original.

Etre l’heureux propriétaire d’un théorbe flatte le désir de reconnaissance hégelien. En effet, vous êtes vite repéré comme « le gars qui a un théorbe », car il y en a relativement peu à circuler. L’instrument se présente comme un luth avec une caisse bombée, un manche prolongé d’une seconde pièce de bois (la théorbure justement), et le tout est monté avec 14 cordes simples. Les petites ont une longueur vibrante entre 70 et 80 cm (contre 64 cm pour une guitare en moyenne). Les grandes varient entre 1,30m et 2m, suivant les modèles !

Pour se faire remarquer c’est idéal, beaucoup de gens vous abordent pour demander ce que c’est. Ce qui est très rare avec une guitare…

- Oh, quel instrument étrange. Comment ça s’appelle ?
- C’est une guitare.
- Oh, je n’en avais jamais vue avant. Ça vient d’où ?

Ce genre de dialogue n’arrive jamais. Avec un théorbe, si.

De la même manière, on ne vous confondra pas avec un joueur de banjo. Cela m’est arrivé à Rennes il y a quelques mois. En traversant la place Sainte-Anne avec mon cistre dans son étui, un keupon bourré s’est mépris en voulant entreprendre la conversation. Il m’a demandé : « alors le pédé, on joue du banjo ? »… Cela ne serait pas arrivé avec un théorbe.

2. On peut jouer de jolis airs tout seul

Le répertoire pour théorbe solo est essentiellement italien et français, avec en particulier Kapsberger, Piccinini, Melli, Hurel et Robert de Visée. On y trouve des airs absolument sublimes comme la Toccata Arpegiatta de Kapsberger :

Ou encore la ciaccona in partite variate de Piccinini :

Et, last but carrément pas least, cette chaconne de De Visée à tomber par terre :

Souvent, pour le répertoire soliste, un « théorbe de pièces » était utilisé. Plus petit que son grand frère, il permettait plus de virtuosité. Mais étant plus court, il avait un son moins riche. De nos jours, avec l’invention des cordes synthétiques, de l’avion et de la Twingo, beaucoup choississent un petit théorbe. Il sonnera quand même assez fort et sera plus facilement transportable. Cela donne lieu à une querelle, les puristes estimant que c’est pas du jeu d’utiliser des petits instruments.

3. Personne n’essaiera de vous accompagner au djembé.

L’instrument est si déconcertant que les joueurs de djembé, ou de bodhran, qui hantent les espaces publics n’oseront pas approcher pour taper le bœuf. Ce n’est pas un avantage négligeable.

4. Votre voisin n’en saura rien.

C’est un instrument de musique de chambre. Bien manié, il donne une belle sonorité, profonde et grave. Mais ça ne perce pas les murs et vous n’embêterez personne en jouant chez vous.

5. Vous pouvez jouer avec des amis.

Le théorbe était très apprécié au XVIIe pour accompagner le chant ou un instrument soliste. Il soutient en effet parfaitement la mélodie, et sa sonorité fait qu’il ne la couvre pas. C’est l’un des instruments utilisés pour le continuo, ou basse continue. A partir d’une ligne de basse, on construit un accompagnement en réalisant des accords et des notes de passage.

Voici un bel exemple, avec un théorbe et une viole de gambe, sur un air d’Antoine Forqueray :

Les plus perspicaces, et ceux qui ont tout lu avant, auront noté que le gars utilise un théorbe de pièces !

On peut même jouer avec tout plein de monde, en mettant deux ou trois théorbes ensemble dans l’orchestre. Un exemple sur le superbe Nisi Dominus de Vivaldi, interprété ici par Andreas Scholl :

6. En achetant un théorbe, vous faîtes un geste éco-citoyen.

Les théorbes sont généralement fabriqués par de petits artisans, auto-entrepreneurs passionnés. Les faire travailler, c’est une bonne action, plutôt que de claquer son pognon dans une télé en 3D… Ils sont en plus souvent soucieux de l’environnement dans le choix des bois, et des produits utilisés (colles, vernis…). Ça vous la coupe, hein ?

7. On vous foutra la paix.

Lorsque vous sortez votre théorbe, vous jouez ce que vous avez envie de jouer. À un feu de camp ou lors d’un barbecue un soir d’été, on ne viendra jamais vous demander : « tu sais jouer La Bamba ? Je te donne de Jean-Jacques Goldman ? Santiano ? ». Il est nettement moins probable que quelqu’un vous harasse pour entendre La Belle Homicide, Que devant vous tout s’abaisse et tout  tremble, la Toccata VI de Kapsberger ou un prélude de Hurel.

Dans un prochain billet, 95 raisons de ne pas jouer du théorbe. Si vous n’êtes pas convaincu, essayez le cistre. Ou si vous voulez quand même en savoir plus sur le théorbe, allez sur le site de Lynda Sayce.

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