Toujours l'impression de sauter dans le vide

En me penchant sur des problématiques rencontrées en début de carrière, j’ai trouvé d’intéressants parallèles avec les interrogations actuelles. Comme quoi, sur le web, on n’a toujours pas fini de sauter dans le vide.

Le Facebook de Maville

Facebook devient une source de trafic de plus en plus importante pour les sites de news. Bientôt la plus importante ?

Je me suis lancé il y a quelques mois dans un processus de validation des acquis de l’expérience, auprès de l’université de Nantes. Le but est d’obtenir un master 2 de concepteur-rédacteur de contenus multimédia afin de continuer à prendre les stagiaires de haut… ;-)

Cette démarche porte déjà des fruits, ce blog en est d’ailleurs un. En me poussant à regarder en arrière, elle m’a également remis en marche avant, m’obligeant à continuer à avancer, redonnant le goût de tester, d’inventer, d’imaginer. Ne pas se cantonner aux pratiques sûres héritées de l’expérience.

Le travail, la naissance de mon 2ème enfant, l’étude du luth m’ont un peu retardé et, si j’ai un plan détaillé général de mon mémoire, je n’en suis qu’au début de la rédaction. Ces derniers jours, je me suis donc retrouvé à relater en détail mes débuts de journaliste/webmaster, en 2000, sur Ouest-France.fr et Maville.com. C’est amusant de constater que, 10 ans après, on est en gros dans la même posture. Je détaille.

Il y a 10 ans, les sites sur lesquels je travaillais étaient dans l’ombre du journal-papier. Nous étions une bête curieuse, discrète dans sa cage, une créature de laboratoire. Nos fonctionnements étaient hérités de l’actionnaire, et on traitait  l’information en ligne avec encore des réflexes de journaliste papier. Ça paraît ahurissant maintenant, mais en 2000, quand une grosse info tombait, et bien on ne faisait rien… On savait juste sur quoi on ferait la une le lendemain !

En effet, il ne fallait pas prendre le risque de détourner les internautes de l’achat du journal, et donc ne surtout pas être en avance sur lui. Le site internet était une sorte d’extension du papier, fait pour archiver ou mettre ce qu’on n’avait pas la place de mettre dans le journal du jour. Sous l’impulsion d’Olivier Grandin en particulier, les sites Ouest-France.fr et Maville.com ont pris courant 2001 leur autonomie, horaire tout d’abord. Nous n’avons plus attendu qu’une info soit imprimée sur le journal pour la diffuser en ligne. Mine de rien, c’était une révolution et un vertige. Nous sommes entrés dans l’ère de la réactivité.

La seconde révolution, c’était de donner la parole aux internautes. On a très vite demandé leur avis aux gens, ainsi que donné la possibilité de publier des photos (intempéries, vacances, animaux…). Là aussi, ce n’était pas gagné quand beaucoup de journalistes dédaignent la parole des lecteurs (le café du commerce…). Nous nous sommes ensuite lancé plus tardivement dans le 2.0 plus élaboré avec l’arrivée d’un embryon de réseau social, encore en devenir.

Le vertige actuel est provoqué par la montée en puissance de Facebook et la nouvelle donne que cela induit. Je vous invite à lire un très bon billet de Fabrice Epelboin sur la manière dont les éditeurs doivent désormais prendre en compte Facebook dans leur stratégie. Peut-être davantage que Google.

De plus en plus de sites intègrent le bouton « J’aime » dans leurs pages (10 000 la première semaine de sa mise à disposition !), et on ne peut plus faire l’économie du Facebook Connect – la facilité de connexion entre le compte Facebook du visiteur et le contenu qu’on lui propose.

Les statistiques de Facebook sont monstrueuses : selon Médiamétrie, en mars 2010, c’est 22 millions de visiteurs uniques et… 660 pages vues par personne ! On passera bientôt plus de temps sur son profil qu’on en passait autrefois devant la télé, et c’est dans Facebook que les contenus seront vus. Aux éditeurs et à leurs community managers de savoir se positionner pour ramener des utilisateurs de Facebook sur leur site de marque. Au train où vont les choses, on pourrait imaginer rapidement des sites de news faisant plus de pages vues depuis les liens circulant sur Facebook que depuis leur homepage… C’est déjà le cas de ce blog ! ;-)

Ce serait – ou sera ? – pour les éditeurs une nouvelle révolution et une obligation de trouver une nouvelle manière de penser son contenu. Un nouveau saut dans le vide.

A lire aussi :

- Facebook pour les journalistes : 5 raisons de ne pas s’en passer

- Un apéro pas comme les autres

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2 comments to Toujours l’impression de sauter dans le vide

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