C’est LE sujet sur le net depuis lundi. Pas la claque de l’UMP aux régionales, non. Juste la chronique de Guillon sur France Inter, où il présente Eric Besson comme une taupe du FN. Et si ça arrangeait l’UMP ?
Je n’ai jamais été fan de Stéphane Guillon. Je dois même confesser qu’il me les brise rapidement à chaque fois que je l’entends. Je n’aime pas sa manière d’être méchant frontalement, voire blessant, et de se réfugier ensuite derrière son statut d’amuseur. Genre « t’es moche et tu pues, je te blesse en disant ça mais c’est de l’humour alors ferme ta gueule ». Bref, je n’aime pas.
Sa chronique qui défraye la euh… chronique… présente Eric Besson comme une taupe du Front National, téléguidée par Jean-Marie Le Pen pour relancer les idées d’extrême-droite avant les régionales et doper le score du FN. Le contenu de l’intervention et sa qualité intrinsèque ne sont pas mon problème. Les différents points de détail comme les critiques sur le physique ou les allusions à la vie privée du ministre non plus. La question des excuses du directeur de Radio France mériterait quant à elle un traitement à part. Ce qui me gêne, c’est le bruit que tout cela fait.
Taupe de l’UMP ?
Stéphane Guillon a – involontairement sans doute – fourni un contre-feu parfait à l’UMP. On ne parle plus de l’échec aux régionales, ni de la temporisation des réformes annoncée par l’Elysée. On ne parle que du clash Besson/Guillon. On occulte ainsi les sujets qui fâchent, et en plus, on peut se poser en victime. C’est du pur sucre pour un communiquant, non ?
En plus, avec la question d’un éventuel procès, ou pas, on peut faire durer ce minable feuilleton toute la semaine.
Bravo l’UMP, bravo Stéphane Guillon.
Pour ceux qui étaient loin de chez eux, la chronique de Stéphane Guillon (France Inter le 22 mars) :


Mouais, on avait dit aussi que les guignols avaient fait gagner Chirac ou que Coluche en se présentant en 81, faisait le jeu de la droite. Il me parait mon cher Erwan un peu facile de rendre Guillon responsable de l’extraordinaire capacité de nos hommes politiques de jouer à la technique de la diversion. Moi aussi Guillon ne me fait parfois pas rire (mais des fois si) mais c’est un humoriste et il doit être considéré comme tel (tout le monde a comprit que la « méchanceté » était son fond de commerce). S’il faut s’arrêter de se foutre de la gueule des politiques de peur qu’il ne se transforme en victime lapidée sur l’autel de la liberté d’expression, alors taisons-nous. Il est vrai que les laisser parler est souvent plus comique qu’un sketch de Stéphane Guillon…
Guillon fait du Guillon. Parfois il me fait rire, par exemple récemment, lorsqu’il a fait son miel des excuses de J.L. Hess, c’était bien vu. D’autres fois, ça ne décolle pas, et ça devient sinistre. Parler des « yeux de fouine » concernant Besson, ce n’est pas si terible comme attaque physique… et plutôt juste, probablement facile, Besson ayant une apparence qui le rendrait excellent dans Shakespeare, en Iago !
Hees a engagé Guillon, j’ai du mal à comprendre ses scrupules.
J’ajouterai que Guillon n’est pas que cet humoriste pas toujours heureux dans ses prestations, mais aussi un excellent comédien : avec Michel Bouquet et Charles Berling, il était très étonnant et émouvant dans « Comment j’ai tué mon père »… en artiste besogneux et frère/fils frustré, mal-aimé.
Ça me rappelle cette période pas si lointaine où il aurait fallu arrêter de dire du mal du Front National, parce que ça faisait le jeu du Front National… L’autre cuistre est tombé dans le panneau à pieds joints, en menaçant Radio-France de représailles, de façon à peine voilée. Quant au reste de la clique sarkozienne, en faisant de cette minuscule histoire une affaire d’état, ils ne font une fois de plus que la démonstration du néant idéologique dont ils sont porteurs.
Mouais. J’ai quand même le sentiment que quoiqu’on pense de guillon, c’est l’épouvantail. Epouvantail pour les politiques qui ont bien besoin de réagir à la caricature et à qui « il faut quelqu’un », car les guignols, c’est trop populaire n’est-ce pas, impossible de contre-attaquer. Et pourtant je trouve le traitement de François Hollande par les guignols bien plus conternant que ce que peut faire Guillon, mais passons.
Epouvantail également pour les journalistes, le public, les gens comme vous et moi à qui Guillon fait se poser les questions fondamentales et existentielles sur l’humour, ses limites, le peut-on rire de tout, du physique etc… Questions qu’on se pose tout en se marrant en entendant les guignols traiter Sarko de nain; epouvantail donc car il sert en l’occurrence aux offusqués à se donner bonne conscience.
Enfin si cette polémique a le tort d’occulter les vrais problèmes, (et là encore se pose-t-on la question pour tous les humoristes), alors autant ne pas ne pas marcher dans les pas de Besson en ajoutant du buzz au buzz…
En tout cas sa chronique de mercredi matin sur les excuses de son patron de chaîne Jean-Luc Hess c’était du grand art, et si on a coutume d’utiliser l’expression « ce mec-là, à force, il m’énerve », et bien moi Guillon, il me fait marrer. A force.
La chronique de François Morel ce matin, prenant la défense des taupes et des fouines, était sacrément bien troussée, et percutante sur le fond !